décembre 5th, 2009
Se créer les préjugés d’un mort — nul ne se soucie de nous, ni pour ni contre. S’imaginer exclu de l’humanité, désapprendre les convoitises de tout genre: et user de tout l’excédent de force à regarder le spectacle. Être l’invisible spectateur!!
Nietzsche, Fragments posthumes, Printemps-automne 1881
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décembre 3rd, 2009
Je viens de vous dire, répondis-je, toutes les nouvelles que je sais du ciel, et je ne crois pas qu’il y en ait de plus fraîches. Je suis bien fâché qu’elles ne soient pas aussi surprenantes et aussi merveilleuses que quelques observations que je lisais l’autre jour dans un abrégé des Annales de la Chine, écrit en latin. On y voit des mille étoiles à la fois qui tombent du ciel dans la mer avec un grand fracas, ou qui se dissolvent, et s’en vont en pluie; cela n’a pas été vu pour une fois à la Chine, j’ai trouvé cette observation en deux temps assez éloignés, sans compter une étoile qui s’en va crever vers l’Orient, comme une fusée, toujours avec grand bruit. Il est fâcheux que ces spectacles-là soient réservés pour la Chine, et que ces pays-ci n’en aient jamais eu leur part. Il n’y a pas longtemps que tous nos philosophes se croyaient fondés en expérience pour soutenir que les cieux et tous les corps célestes étaient incorruptibles, et incapables de changement, et pendant ce temps-là d’autres hommes à l’autre bout de la Terre voyaient des étoiles se dissoudre par milliers, cela est assez différent.
Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes
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décembre 2nd, 2009
Towards a Semantic Web of Philosophy: une journée d’études le 3 décembre 2009 à l’École Normale Supérieure (29 rue d’Ulm, Salle Jules Ferry). Miladus sera « président » (premier symptôme de la vieillesse académique) de la séance de l’après-midi.
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décembre 2nd, 2009
Pour un humanisme numérique, Jeudi 17 décembre 2009 18h à l’INHA (2 rue Vivienne, Paris 2e) dans le cadre du séminaire Nouvelles formes d’éditorialisation et communautés virtuelles.
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décembre 1st, 2009
Je mis donc la plume à la main, et à mesure que j’achevais un cahier, impatient de ma gloire qui lui démangeait plus que la sienne, il allait à Toulouse le prôner dans les plus belles assemblées. Comme on l’avait en réputation d’un des plus forts génies de son siècle, mes louanges dont il semblait l’infatigable écho, me firent connaître de tout le monde. Déjà les graveurs, sans m’avoir vu, avaient buriné mon image ; et la ville retentissait, dans chaque carrefour, du gosier enroué des colporteurs qui criaient à tue-tête : Voilà le portrait de l’auteur des États et Empires de la Lune. Parmi les gens qui lurent mon livre, il se rencontra beaucoup d’ignorants qui le feuilletèrent. Pour contrefaire les esprits de la grande volée, ils applaudirent comme les autres, jusqu’à battre des mains à chaque mot, de peur de se méprendre, et tout joyeux s’écrièrent : « Qu’il est bon ! » aux endroits qu’ils n’entendaient point. Mais la superstition travestie en remords, de qui les dents sont bien aiguës, sous la chemise d’un sot, leur rongea tant le coeur, qu’ils aimèrent mieux renoncer à la réputation de philosophe (laquelle aussi bien leur était un habit mal fait), que d’en répondre au jour du jugement.
Voilà donc la médaille renversée, c’est à qui chantera la palinodie. L’ouvrage dont ils avaient fait tant de cas, n’est plus qu’un pot-pourri de contes ridicules, un amas de lambeaux décousus, un répertoire de Peau- d’Ane à bercer les enfants ; et tel n’en connaît pas seulement la syntaxe qui condamne l’auteur à porter une bougie à Saint Mathurin.
Ce contraste d’opinions entre les habiles et les idiots, augmenta son crédit. Peu après, les copies en manuscrit se vendirent sous le manteau ; tout le monde, et ce qui est hors du monde, c’est-à-dire depuis le gentilhomme jusqu’au moine, acheta cette pièce : les femmes mêmes prirent parti. Chaque famille se divisa, et les intérêts de cette querelle allèrent si loin, que la ville fut partagée en deux factions, la lunaire et l’antilunaire.
Cyrano de Bergerac, Voyage dans la Lune & Histoire comique des etats et empires du Soleil
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novembre 28th, 2009
Le clou qui dépasse est le premier à recevoir un coup de marteau.
Proverbe chinois.
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novembre 23rd, 2009
[...] Les vertueux qui ont été poussés à habiter les cités ignorantes en l’absence des cités vertueuses ont besoin de s’exiler vers la cité vertueuse, si le hasard fait qu’elle existe en un temps donné.
Al Farabi, Le Livre de la religion [Kitab al Millah], 14a
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novembre 22nd, 2009
Enfin quand le malheur en veut aux gens, on y cherche des causes qui en sont fort innocentes.
Mémoires de Mlle de Montpensier, III, I
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novembre 18th, 2009
Nouveaux regards sur Les Précieuses ridicules à l’occasion du 350e anniversaire de la création de la pièce (18 novembre 1659), 18 et 19 novembre, colloque organisé par l’Université Paris IV , Université de Glasgow et Paris Centre, University of Chicago.
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novembre 16th, 2009
Un travail en cours avec le Thêatre Paris-Villette. Première manifestation: le lundi 14 décemnre, 19h30. « Invitation pour une immersion au Paris-Villette : parcours plein de rencontres et de surprises. Vous découvrirez ou re-découvrirez un théâtre et ses ambitions, les projets des artistes qui y font escale. «
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novembre 16th, 2009
Une intervention de Miladus: « Kalila wa dimna. Ruse et genèse du politque dans la littérature arabe classique », dans le cadre du séminaire de Houda Ayoub, Introduction à la littérature arabe, École Normale Supérieure (45 rue d’Ulm, 75005 Paris), Jeudi 19 novembre 2009, 15h, Salle Beckett.
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novembre 15th, 2009
Partout où l’homme paraît, les lézards se rassemblent et contemplent longtemps son visage en tournant la tête de côté; si vous crachez, ils sucent votre salive; j’en ai vu qui buvaient l’urine des enfants. De plus, ils se laissent impunément manier et même blesser par les enfants, et, quand ceux-ci les approchent de leur bouche, ils aiment à sucer la salive. Mais, si on les prend et qu’on les fasse battre entre eux, on ne saurait croire avec quelle fureur ils se déchirent, sans faire de mal à celui qui les met aux prises. Si vous vous promenez dans les champs, le long d’un chemin creux, des bruits qui se font dans les broussailles éveillent votre attention; celui qui n’y est point habitué croit que c’est un serpent; en regardant, vous voyez que ce sont des lézards qui vous contemplent, la tête de côté, tant que vous vous arrêtez, et qui vous suivent quand vous marchez. Si vous faites autre chose, ils vous avertissent de nouveau. On dirait qu’ils jouent et qu’ils éprouvent un vif plaisir à la vue de l’homme.
Érasme, Les Colloques, L’Amitié
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novembre 9th, 2009
De même donc que le péché et l’obéissance, pris dans le sens le plus strict, ne se peuvent concevoir que dans la vie sociale, il en faut dire autant de la justice et de l’injustice. Car, il n’y a rien dans la nature qui appartienne à bon droit à celui-ci plutôt qu’à celui-là ; mais toutes choses sont à tous, et tous ont le pouvoir de se les approprier. Mais dans l’état de société, du moment que le droit commun établit ce qui est à celui-ci et ce qui est à celui-là, l’homme juste est celui dont la constante volonté est de rendre à chacun ce qui lui est dû ; l’homme injuste celui qui, au contraire, s’efforce de faire sien ce qui est à autrui.
Spinoza, Traité Politique
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novembre 7th, 2009
Le destin de mes idées suivra une très lente et longue voie — je crois même, pour m’exprimer de manière quelque peu blasphématoire, que ma vie ne commencera qu’après ma mort, et que, durant ma vie je resterai mort. Et c’est ce qui convient, c’est naturel!
Nietzsche, Lettre à Ida Overbeck, janvier 1882
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