Archive for juin, 2005

Nostalgie

Jeudi, juin 30th, 2005

La nostalgie est la douleur que nous cause la proximité du lointain.

Heidegger, Qui est le Zarathoustra de Nietzsche

Sans Fil

Jeudi, juin 30th, 2005

“Sans fil”, voici une locution qui a pris place trop récemment dans notre vocabulaire, une locution dont la fortune a été trop rapide pour qu’il n’y passe pas beaucoup de rêve de notre époque, pour qu’elle ne me livre pas une des très rares déterminations spécifiquement nouvelles de notre esprit. Ce sont de faibles repères de cet ordre qui me donnent parfois l’illusion de tenter la grande aventure, de ressembler quelque peu à un chercheur d’or: je cherche l’or du temps…
Télégraphie sans fil, téléphonie sans fil, imagination sans fil, a-t-on dit. L’induction est facile mais selon moi elle est permise, aussi…

André Breton, Introduction au discours sur le peu de réalité, Septembre 1924

Votez pour un philosophe

Jeudi, juin 30th, 2005

C’est un peu à l’Anglaise, mais intéressant malgré tout: « We thought it would be interesting to find out who you think is the Greatest Philosopher of all time, and because there are so many brilliant characters and ideas to choose from, we hope that a vote might turn up a few surprises!..
The final stage of the vote begins on June 6th when you will be able to vote for a philosopher from the final shortlist. The vote ends at midnight on July 7th. « 

Amour

Jeudi, juin 30th, 2005

On peut faire sa cour à un être puissant, mais on ne peut pas l’aimer.

Stendhal, Hisoire de la peinture en Italie

Épitaphe d’un Petit Chien

Jeudi, juin 30th, 2005

Cy gist un chien qui par Nature
Sçavoit discerner sagement
Durant la Nuict la plus obscure
Le Voleur d’avecque l’Amant.
Sa discrette fidelité
Fit qu’auec beaucoup de tendresse
A sa mort il fut regretté
Par son Maistre, & par sa Maistresse.

Tristan l’Hermite

Page Blanche

Mercredi, juin 29th, 2005

Le marbre des palais est aujourd’hui plus dur que le soleil
Première proposition

La seconde est un peu moins bête
Le jeûne des vampires aura pour conséquence la soif qu’a le sang d’être bu
La soif qu’a le sang d’épouser la forme des ruisseaux
La soif qu’a le sang de jaillir dans les endroits déserts

La soif qu’a le sang de l’eau fraîche du couteau

Le corps et l’âme sont réunis par une accolade

Troisième proposition celle-ci de caractère malhonnête
Parce que le corps et l’âme se compromettent ensemble
Parce qu’ils se servent d’excuse l’un à l’autre

André Breton, René Char & Paul Éluard, Ralentir Travaux

L’Esprit

Mercredi, juin 29th, 2005

L’esprit est une fonction merveilleuse du corps.

Wang Tingxiang (XVIe siècle), in Jacques Gernet, L’intelligence de la Chine, p. 271.

Sens Commun

Mercredi, juin 29th, 2005

Le sens commun n’est pas une qualité si commune que l’on pense…
Il y a des estomacs qui ne peuvent digérer que les viandes légères et délicates; et il y a de même des esprits qui ne peuvent s’appliquer à comprendre que les vérités faciles et revêtues des ornements de l’éloquence. L’un et l’autre est une délicatesse blâmable, ou plutôt une véritable faiblesse. Il faut rendre son esprit capable de découvrir la vérité, lors même qu’elle est cachée et enveloppée, et de la respecter sous quelque forme qu’elle paraisse…

Antoine Arnauld & Pierre Nicole, La logique ou l’art de bien penser

Musée du Louvre

Mardi, juin 28th, 2005

Nouvelle version du site du Musée du Louvre.

Sagesse

Mardi, juin 28th, 2005

max ernst Rien n’est plus réjouissant que la constante insurréction des choses contre les images qu’on leur impose. Les choses n’acceptent pas de rester sages comme des images.

Francis Ponge, Entretien avec Breton et Reverdy

L’éternité dans les draps noirs

Lundi, juin 27th, 2005

Des enfants dans chaque racine. Le pire est-il qu’on mange des bêtes? Dans le clapier, la nourriture est trop vécue…
Et ce n’est pas que les morts me dérangent; ensuite j’ai l’habitude… La paix de ce genre de ménage repose sur un serrement de gorge ou sous un coincement de terre.

Jean-Pierre Duprey, La Fin et la Manière

Caractère des Langues

Lundi, juin 27th, 2005

[...] Le caractère des langues se forme peu à peu et conformément à celui des peuples, il doit nécessairement avoir quelque qualité dominante. Il n’est donc pas possible que les mêmes avantages soient communs au même point à plusieurs langues. La plus parfaite seroit celle qui les réuniroit tous dans le dégré qui leur permet de compatir ensemble : car ce seroit sans doute un défaut qu’une langue excellât si fort dans un genre, qu’elle ne fut point propre pour les autres. Peut-être que le caractère que la nôtre montre dans les ouvrages de Quinault et de La Fontaine, prouve que nous n’aurons jamais de poëte qui égale la force de Milton ; et que le caractère de force qui paroît dans le Paradis Perdu, prouve que les anglois n’auront jamais de poëte égal à Quinault et à La Fontaine. L’analyse et l’imagination sont deux opérations si différentes, qu’elles mettent ordinairement des obstacles aux progrès l’une de l’autre. Il n’y a que dans un certain tempéramment, qu’elles puissent se prêter mutuellement des secours sans se nuire ; et ce tempéramment est ce milieu dont j’ai déjà eu occasion de parler. Il est donc bien difficile que les mêmes langues favorisent également l’exercice de ces deux opérations. La nôtre par la simplicité et par la netteté de ses constructions donne de bonne heure à l’esprit une exactitude, dont il se fait insensiblement une habitude, et qui prépare beaucoup les progrès de l’analyse ; mais elle est peu favorable à l’imagination. Les inversions des langues anciennes étoient au contraire un obstacle à l’analyse, à proportion que contribuant davantage à l’exercice de l’imagination, elles le rendoient plus naturel que celui des autres opérations de l’ame. Voilà, je pense, une des causes de la supériorité des philosophes modernes, sur les philosophes anciens. Une langue aussi sage que la nôtre dans le choix des figures et des tours, devoit l’être à plus forte raison dans la maniere de raisonner. Il faudroit, afin de fixer nos idées, imaginer deux langues : l’une qui donnât tant d’exercice à l’imagination, que les hommes qui la parleroient, déraisonneroient sans cesse ; l’autre qui exerçât au contraire si fort l’analyse, que les hommes à qui elle seroit naturelle, se conduiroient jusques dans leurs plaisirs comme des géomètres qui cherchent la solution d’un problême.

Condillac, Essai sur l’origine des connoissances humaines

Écho

Lundi, juin 27th, 2005

Il faut bien avouer que le moi n’est qu’un écho.

Paul Valéry, Cahiers

Sincérité

Dimanche, juin 26th, 2005

Aux yeux des hommes, les actions sont toujours plus sincères que les motifs et il leur est plus facile de croire que l’action de dire des injures atroces est un mal, que de se persuader que le motif qui les a fait dire est un bien.

Montesquieu, Défense de l’Esprit des Lois