L’ami de l’homme

Partout où l’homme paraît, les lézards se rassemblent et contemplent longtemps son visage en tournant la tête de côté; si vous crachez, ils sucent votre salive; j’en ai vu qui buvaient l’urine des enfants. De plus, ils se laissent impunément manier et même blesser par les enfants, et, quand ceux-ci les approchent de leur bouche, ils aiment à sucer la salive. Mais, si on les prend et qu’on les fasse battre entre eux, on ne saurait croire avec quelle fureur ils se déchirent, sans faire de mal à celui qui les met aux prises. Si vous vous promenez dans les champs, le long d’un chemin creux, des bruits qui se font dans les broussailles éveillent votre attention; celui qui n’y est point habitué croit que c’est un serpent; en regardant, vous voyez que ce sont des lézards qui vous contemplent, la tête de côté, tant que vous vous arrêtez, et qui vous suivent quand vous marchez. Si vous faites autre chose, ils vous avertissent de nouveau. On dirait qu’ils jouent et qu’ils éprouvent un vif plaisir à la vue de l’homme.

Érasme, Les Colloques, L’Amitié

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