Archive for the ‘Chroniques’ Category

Autochtonie et tolérance dans le monde arabe

Mercredi, avril 6th, 2011

Autochtonie et tolérance dans le monde arabe

Entre guerre et révolte …

Lundi, mars 7th, 2011

Le printemps arabe, entre guerre et révolte.

La troisième voie

Mardi, février 15th, 2011

La troisième voie: « Le monde arabe est comme une bête endormie, longtemps sous l’influence d’un dosage expert de stabilité et de répression… Et quand la belle se réveille, l’Occident est comme sourd et muet.. »

Culture politique du Net

Samedi, juin 27th, 2009

Les élections iraniennes ont démontré d’une manière spectaculaire le potentiel politique des nouvelles technologies. Twitter et YouTube, comme d’autres services, sont devenus des armes pour une contestaion sans pareil: organisation de manifestations, reportages en temps réel, analyse des enjeux locaux et internationaux de la crise, tout semble surgir à travers un journalisme citoyen instantané, grâce au participatif.

Ce succès politique des plateformes du Web 2.0 reflète en premier le lieu une spécificité iranienne, fortement marquée par la densité et la maturité de sa blogosphère. Plus encore, elle confirme un adage bien connu: si les technologies sont neutres, leurs usages sont façonnées par des conditions socio-culturelles. Pour apprécier cette réalité, il suffit de comparer les usages politiques du réseau en Iran, en Chine et au Monde Arabe. Trois régions fortement soumises à la censure par des autorités souvent oppressives et soucieuses de contrôler la libre circulation de l’information en ligne.

Dans le cas Chinois, la surveillance et le filtrage s’associent souvent à la création de faux substituts des grands sites occidentaux (Google par exemple), présentant des informations partielles et épurées. Dans ce cas, la contestation passe par l’usage d’un langage codé et des technologies qui permettent de détourner les filtrages d’accès.

Dans le Monde Arabe, on est devant ou bien l’emprisonnement et parfois la torture d’internautes actifs et connus, comme en Égypte u en Tunisie, ou bien devant un filtrage excessif et généralisé comme en Arabie Saoudite 9l’Iran pratique toutes les formes de la censure du net …) .

La contestation iranienne, par contre, met en évidence surtout la primauté de l’accès comme droit fondamental. Mieux encore, elle démontre la puissance transformative d’un conflit de compétence numérique exploitée à la fois par les manifestatnts et le régime.. Ainsi, l’usage intelligent et astucieux du mobile et de la géolocalisation, l’exploitation des aggrégateurs pour gérer la fiabilité de l’information, la mise en service du web social au profit de l’activisme politique.

Ce succès politique du réseau nous invite aussi à adapter un réalisme pragmatiste vis-à-vis la dimension politique du net: nos outils n’ont point un pouvoir nécessairement salvateur et utopiste. Ils sont façonnés par la compétence et les usages. Plus encore, ces outils sont aussi souvent et encore fragiles.

Twitter, par exemple, est une plateforme incontournable mais malheureusement toujours en quête de stabilité. Hier encore, les fonctions Recherche et Trends ( qui ont joué et continuent à jouer un rôle essentiel dan le cas iranien) ont été temporairement retirées à la suite de l’annonce du décès de Michael Jackson. Cette fragilité nous rappelle à la fois les contraintes imposées par l’infrastruture technologique mais aussi les vulnérabilités des politiques du réseau.

Néanmoins, il reste vrai que la contestation iranienne inaugure, au moins au Proche-Orient, un activisme politique ancré dans la culture numérique.

Quel Web 3.0?

Vendredi, juin 12th, 2009

La première moitié de 2009 a consacré le web social avec le succès mondial de Facebook. Elle a aussi révélé Twitter au grand public, inaugurant ainsi les pratiques associées aux mircoformats. Cette sociabilité ne doit pas nous faire oublier les nouvelles orientations qui promettent de façonner de nouveaux usages.
Un exemple suffira pour nous donner une idée de ce Web 3.0: WolframAlpha. Au premier abord, WolframAlpha semble offrir une simple amélioration de la recherche en ligne. Il propose aussi un accès à la fois plus souple et plus structuré aux données disponibles sur le réseau. Enfin, il associe d’une façon simple et élégante, une plus grande liberté de choix des individus et la richesse du web sémantique et de la visualisation.
WolframAlpha, bien qu’il soit actuellement relativement limité, nous présente des résultats “intelligents”, dans la mesure où il lie le mot recherché à de multiples sources d’informations, organisés selon des modes d’accès variables. Si l’internaute cherche par exemple Londres, il trouvera dans une belle page, une carte de la ville, les statistiques concernant sa population, les renseignements relatifs aux transports en commun, la température actuelle avec son historique, et l’histoire de la ville dans la version Wikipedia, etc. Il suffit de comparer cette page aux résultats normalement offerts par Yahoo!, Google, Bing et d’autres, pour apprécier l’évolution et son importance. Mieux encore, la page peut-être rapidement téléchargée en format PDF, permettant ainsi l’archivage et l’usage libre des données.
Il est évident, en tout cas pour le moment, que WolframAlpha est plus puissant et plus riche quand il s’agit de questions scientifiques. Mais cela n’empêche point une harmonisation de l’approche avec les sujets les plus divers.
Cette première mise en évidence de l’évolution de nos rapports avec l’environnement numérique préfigure un Web 3.0 plein de promesses et qui repose sur plusieurs facteurs: la maturité de l’infrastructure du Cloud Computing, l’importance de l’accès ouvert à l’information fiable et finalement de la richesse accumulée de notre savoir numérique. Elle annonce ainsi une mutation significative dans nos rapports avec la complexité du réseau et ses formes de savoir. Des outils intelligents correspondent au besoin de mieux sélectionner et mieux trier, mais aussi de mieux présenter les informations disponibles.
Car WolframAlpha impressionne aussi par son aspect esthétique, surtout par son usage de la visualisation. L’image, dans ce contexte, n’est plus illustration: elle est un outil de savoir qui incarne l’intelligence de la culture numérique.
Le Web 3.0 s’annonce déjà comme une extension érudite de notre urbanisme virtuel et comme une nouvelle invitation au voyage dans ses cités savantes.

Skype pour iPhone: Divorce ou convergence

Vendredi, avril 17th, 2009

Skype vient de lancer son application gratuite pour le iPhone. Utilisable uniquement sur une connexion WiFi, elle modifie radicalement le statut du gadget d’Apple. Comment expliquer l’arrivée de la téléphonie gratuite sur le iPhone et quelles sont les conséquences de cette nouveauté? S’agit-il d’un divorce entre Apple et les fournisseurs mobiles?

L’iPhone comme la grande majorité de ses rivaux ne sont pas de simples téléphones: ils sont, au contraire une nouvelle génération d’ordinateurs, à la fois portables et puissants, adaptés aux usages mobiles. Comme tels, ils ont été appauvris par les choix des fournisseurs mobiles, soucieux de préserver leurs avantages et leurs profits. L’arrivée de Skype ne fait qu’annoncer une évolution naturelle. Car l’outil invite des usages différents et qui dépassent de loin les contraintes imposées par les fournisseurs mobiles. Mieux encore, ces véritables portables accentuent la convergence entre réseaux sociaux, gestion de données et de présence dans le “nuage” et la globalisation des échanges entre utilisateurs.

Mais la téléphonie internet peut aussi susciter plusieurs difficultés. Une demande croissante pour un accès libre et généralisé au WiFi. Une volonté de déverouiller le iPhone afin d’éviter les prix et le blocages imposés par les fournisseurs mobiles. Et un usage encore plus important de l’iPhone et de ses équivalents pour accéder au net.

Ces trois difficultés exigeront de multiples négociations: négociations entre les fabricants des gadgets et des fournisseurs mobiles; négociations entre les utilisateurs et les forunisseurs d’accès WiFi, y inclus les autorités locales; et négociations entre les utilisateurs et les constructeurs de sites web.

Ces trois difficultés ont des conséquences économiques et culturelles importantes. D’une part, nous verrons probablement de nouveaux modèles de ventes des téléphones portables. Et, d’autre part, nous assisterons à une modification probablement lente mais à mon avis certaine, des sites web. La popularité de ces ordinateurs portables va entraîner des changements dans la conception comme dans le support des grands sites. Il va falloir penser aux utilisateurs mobiles, à leurs exigences d’un accès rapide et simple au contenu. Plus encore, il va falloir au financement de ces sites dédiés au mobile.

Dans ce sens, l’arrivée de Skype n’est qu’un premier signe d’une éventuelle convergence entre le réseau et le mobile. Mais au-delà de la téléphonie, cette convergence annonce une mutation importante: l’unicité et la simplicité d’accès, l’interopérabilité ouverte entre les plateformes et les services, l’harmonisation de l’expérience des utilisateurs à travers les multiples supports et, finalement, la maîtrise des coûts de cet accès universel.

S’il y a un divorce entre les fabricants et les fournisseurs d’accès mobile, c’est qu’il y a aussi un besoin de continuité dans l’expérience des utilisateurs à travers le réseau et ses nuages.

Un futur du livre numérique?

Vendredi, avril 10th, 2009

Le livre numérique n’a pas encore réussi à séduire le grand public. Plusieurs raisons expliquent ce retard: formats souvent encombrants, des éditeurs toujours en quête de modèles économiques acceptables et des gestions de droits numériques draconiennes. La prolifération des liseuses, et ce malgré des progrès importants, n’a pas non plus fait avancer les choses.

Il se peut que le changement viendra du côté du mobile. Adobe vient d’annoncer sa participation avec Lexcycle et l’Internet Archive, à l’élaboration d’un nouveau standard: l’Open Publication Distribution System. Quels sont les avantages de cette nouvelle architecture?

En premier lieu, c’est une technologie déjà en partie en usage grâce au succès de stanza, une des applications les plus populaires sur l’iPhone et disponibles sur tous les autres supports. Mieux encore, il s’agit de créer un système ouvert qui permet l’accès au catalogue de livres disponibles, à leurs descriptions, mais aussi à toute autre publication en ligne. La technologie utilisée est une modification d’Atom, l’un des 2 protocoles pour les flux RSS. Les documents seront en format ePub.

Ensuite, comme le modèle de stanza le démontre, cette nouvelle architecture est conçue pour fonctionner sous un régime mixte. Elle rassemble sous un accès unifié des services gratuits et des services payants. En d’autres mots, l’utilisateur pourra consulter le catalogue des éditeurs, ceux de Feedbooks ou du Projet Gutenberg, ou de la presse quotidienne. Plus encore, le format ouvert permet aux individus comme au groupes autonomes de publier et d’avoir accès à un grand public.

La culture numérique a bien fragilisé tous les secteurs des métiers du livre. Mais des nouveaux développements, comme celui représenté par stanza, promettent de nouvelles occasions. Pour les libraires par exemple, ils peuvent maintenant être présents dans ce secteur sans être obligés de passer par les grands distributeurs du réseau (Amazon et la Fnac). Car en un sens le projet représenté par cette nouvelle architecture est en opposition directe avec Amazon et son Kindle qui essaie de contrôler à la fois les standards comme la distribution des livres numériques. Pour les éditeurs aussi, cette nouvelle présence va leur donner l’occasion de développer des offres numériques souples et variées tout en respectant les contraintes imposées par les droits d’auteur.

En fin de compte, stanza comme le nouveau standard, incarnent ce qui est le mieux et le plus puissant dans la culture du libre: la disponibilité d’une multiplicité de ressources (auteurs, éditeurs et libraires), la cohabitation harmonieuse du gratuit et du payant, une liberté dans la gestion de l’offre (en opposition avec le modèle d’une boutique unique) et la simplicité des interfaces. Les standards ouverts restent les meilleurs moyens pour le futur de la culture dans le numérique.

Une solution pour les indécis: Hunch

Vendredi, avril 3rd, 2009

Vous êtes indécis. Vous hésitez entre un Mac et un PC, ou bien vous n‘êtes pas sûr quel roman de la rentrée il vous faut lire. Ne vous inquiétez pas: Hunch, un nouveau site qui vient d’être annoncé est là pour vous aider. Hunch est une aide à la décision ouverte au grand public. En apparence, assez simple, le site, s’il s’avère un succès, représente une évolution importante dans la sociabilité numérique.

La version béta est simple et élégante: l’utilisateur répond à une dizaine de questions et le site commence à lui fournir des conseils. Le principe du site dépend de la densité et la fréquence de son usage. En d’autres mots, il lui faut du temps pour mieux apprendre afin de mieux répondre aux questions des internautes. C’est le modèle désormais classique de la longue traine et de la sagesse de la foule. L’outil et la plateforme sont façonnés par l’usage, et l’usage s’insère dans une dynamique à la fois individuelle et collective.

Hunch représente une nouvelle tournure dans une civilisation qui est sans cesse en train de négocier entre le vivant et l’intelligent, entre le social et le virtuel. Il combine plusieurs éléments jusqu’à présent séparés: une forme d’intelligence artificielle, la dimension participative illustrée par Wikipedia, la personnalisation associée aux réseaux sociaux et la généralité des savoirs qu’il revendique (achats, vie privée, études, etc.). Cette convergence reflète en quelque sorte une “maturisation” de ces technologies. Mieux encore, elle incarne un nouveau potentiel de la sociabilité numérique émergente.

Plusieurs servies existent déjà pour répondre aux questions des internautes: des Forums, des sites dédiés (Yahoo Answers, etc.). Mais la nouveauté ici consiste dans l’assemblage et dans la forme. A la fois réseau social et source d’information, Hunch se présente aussi comme un lieu qui permet d’éviter la grande confusion parfois ressentie quand on cherche des évaluations de produits et de services divers. En d’autres mots, Hunch fonctionne aussi comme un moteur de recherche restreint mais plus puissant. Parce que comparatiste, exploitant les opinions et les choix de ses membres.

Ce modèle peut aussi montrer la voie à d’autres plateformes Web 2.0 en quête de revenus. Personnalisation et libre choix peuvent s’allier à un modèle économique qui saura équilibrer les intérêts de ses utilisateurs avec ceux des fournisseurs.

Mais, en fin de compte, Hunch accentue une tendance déjà fortement ressentie: celle de la fragilisation des intermédiaires. Ici, les internautes eux-même se constituent en experts. Leurs recherches et leurs questions sont traduites, au fur et à mesure, en opinions et en décisions. Démocratisation ou bien banalisation des autorités? Reste à voir.

Une nouvelle géographie humaine

Vendredi, février 27th, 2009

Le Web est une véritable tour de Babel. Une multiplicité de langues, de protocoles et de standards se rejoignent pour le faire fonctionner. Depuis ses premiers jours, les Navigateurs ont joué un rôle essentiel dans son succès et son évolution. Du mode de simple texte avec hyperliens à nos jours, HTML a été la lingua franca du réseau. Donnée comme presque morte ou dépassée par certains, surtout après le succès du Web 2.0, il semble qu’elle sera ressuscitée grâce à la version 5.0 en cours.

HTML 5.0 répond à l’état actuel du net et nous donne une idée de ses possibles orientations futures. Elle intègre toutes les fonctions multimédias ou interactives qui nous sont devenues familières. Mais aussi, elle renforce la convergence entre le réseau, le fixe et la téléphonie mobile. Elle semble ainsi être motivée par un double souci: d’une part, elle est la consécration du participatif avec le support intégré d’un grand nombre de formats et de ressources. D’autre part, elle accentue la migration vers le Nuage, vers ce Cloud Computing dans lequel l’essentiel revient à avoir accès en permanence non seulement à l’information, mais à son information.

Dans cette perspective, HTML 5.0 (comme d’ailleurs XHTML et autres formats) représente une étape importante de l’évolution de notre culture numérique. Le poste fixe, et ce malgré les développements continus de ses systèmes d’exploitation, est en train de devenir un lieu de passage et un port vers le grand océan numérique. Tout ou presque tout se trouve ailleurs, chez des fournisseurs dispersés entre les continents et des serveurs dans toute la planète. Le disque dur se réduit de plus en plus en un site d’archive local, souvent incomplet et partiel. Ainsi, HTML 5.0 permet de continuer de travailler sur certains documents en ligne même si on est déconnecté. Elle envisage aussi le Web comme un lieu d’interactivité et d’échanges permanents. HTML n’est plus une langue visant la simple mise en page de textes: elle est devenue, grâce à nos usages, un standard pour créer des applications.

Cette nouvelle époque suppose un accès quasi permanent au réseau; elle déplace les “foyers” numériques de l’espace relativement privé des postes fixes vers le réseau. Elle transforme aussi la nature même de l’information. Présence et traçabilité deviennent une fonction de distinction, une manière d’être dans la nouvelle sociabilité. Nous circulons tous, avec nos identités multiples, dans ces lieux de découverte, de trouvailles et d’apprentissage.

L’importance continue des Navigateurs témoigne de l’émergence d’une nouvelle géographie humaine, d’un nouvel urbanisme virtuel.

Effacer est un droit

Vendredi, février 20th, 2009

Avec les réseaux sociaux, la traçabilité est le mot du jour: présence, échange, partage et surtout archivage. Mais qui est véritablement le propriétaire de toute cette activité? L’utilisateur ou bien le fournisseur de plateforme? La question est importante car elle risque de décider du futur statut juridique de l’interactivité comme de la sociabilité émergente.

Facebook a essayé de franchir un premier pas décisif en modifiant ses conditions d’utilisation, et en s’arrogeant le droit perpétuel d’archiver et de ré-utiliser les données et l’historique de ses membres. Bien que cette modification ait été retirée après un début de révolte de la part des utilisateurs, les soucis qu’elle suscite restent. Comment penser les rapports entre communiquer, partager et la propriété et la responsabilité? Peut-on et doit-on avoir le droit de vraiment effacer les traces de notre présence sur un réseau social? Comment protéger les individus contre la surveillance, contre l’exploitation de leurs données publiques et privées? Et comment préserver aussi la cohérence de ce riche dialogue interactif? Il nous faut une réflexion sur la gestion des nouvelles formes d’information produites par le succès du social dans cette nouvelle sphère publique.

La poste livre le courrier: elle n’en est point la propriétaire. Nos conversations téléphoniques peuvent être écoutées, mais ne sont pas enregistrées par défaut. Avec les réseaux sociaux, et grâce à la nature même de l’objet numérique, nous avons des cadres vides, peuplés par notre activité et nos données, et qui monétarisent notre désir de communiquer et de partager. Mais surtout, ces réseaux semblent vouloir ériger des archives sans oubli. C’est une forme de transparence absolue, de présence permanente. Cette conversation globale peut devenir un piège, car elle est, pour l’instant, à sens unique. Elle transforme la nature même de l’acte de communiquer, en y ajoutant une valeur économique ou politique, au service de la publicité ou du pouvoir. La traçabilité continue a ses avantages certes, mais aussi ses risques et ses dangers.

Les états, au lieu de se soucier exclusivement du copyright, doivent aussi protéger les droits émergents de leurs citoyens dans cette sociabilité. Car nous sommes tous devenus des auteurs. Il faut penser non pas seulement aux données privées, mais aussi aux données publiques, à tout ce qui est visible et lisible, sur les plateformes et dans les archives.

Une première réflexion sur ces questions vient d’être lancée au sein même des réseaux sociaux. Il faut juste se rappeler que, dans ce cadre au moins, effacer n’est pas un privilège, mais un droit.

Localiser, Surveiller ?

Vendredi, février 13th, 2009

Les réseaux sociaux sont des plateformes de partage. Sur un site comme Flickr, les photos sont souvent géotaguées: elles sont ainsi facilement liées à un lieu précis, ce qui permet de les associer à d’autres photos selon des critères géographiques.

Plusieurs services existent déjà permettant aux internautes d’utiliser les services de géolocalisation: Twinkle, par exemple, permet aux usagers de Twitter suivre des Tweets qui sont dans leur proximité. Plazes, un service récemment acheté par Nokia, associe géolocalisation à toute une gamme de supports: téléphonie mobile, blogs, microformtas. L’annonce récente du service de géolocalisation de Google, baptisé Latitude, vient ainsi s’insérer dans la continuité de ces offres.

Pour utiliser Latitude, il suffit d’un compte Google et d’un portable. Une fois l’utilisateur active le service, il peut choisir avec qui partager sa position, selon quelles modalités et sous quelles conditions la masquer. Google vient d’annoncer aussi le même service pour Gmail: l’utilisateur a maintenant le choix d’afficher sa position en l’associatint à sa signature.

Si Latitude n’est pas innovateur, il est important en partie grâce à son intégration avec les autres services offerts par Google, comme le Carnet d’adresses (et probablement son Calendrier). D’une part, il banalise la géolocalisation en l’intégrant à la messagerie, mais il la généralise aussi en permettant un passage transparent entre plusieurs types de réseaux: du GPS, au WiFi et au Cellulaire. Il représente ainsi une nouvelle étape de la convergence entre internet et le mobile et qui promet, s’il s’avère populaire, de modifier le paysage du social numérique.

Il présente aussi de grands risques. En premier lieu, Google aura accès à de nouvelles données concernant les déplacements de millions de personnes. Ces données, affichées ou non, sont précieuses pour Google, lui permettant de moduler et de raffiner ses offres publicitaires. Cet visibilité quasi-permanent invite ainsi à la prudence et à la réflexion. Elle fragilise davantage l’anonymat. Elle offre potentiellement de nouvelles opportunités à la censure, au contrôle et à l’exploitation des données privées.

Il est vrai que les utilisateurs peuvent choisir leur mode de présence sur ce réseau de géolocalisation. On peut même afficher de fausses localisations. Mais l’essentiel est ailleurs: une fois activé, le système continue à tracer tout usager inscrit. Qui aura accès à ces données archivées et qui sera en contrôle de leurs usages? Le passé récent nous a montré que les géants du numériques ne résistent pas assez aux pressions des autorités politiques. Il nous faut rester vigilant pour que géolocaliser ne devienne pas une nouvelle manière de surveiller.

Les ingénieurs du futur

Vendredi, février 6th, 2009

L’utopie et l’innovation, ont toujours joué un rôle déterminant dans le développement et l’adoption de la culture numérique. Les technologies de l’information et de la communication ont aussi mis en place une nouvelle réalité, un nouvel urbanisme virtuel. Et ce virtuel vécu invite aujourd’hui des promesses de nouvelles inventions qui vont bien au-delà de la communication et qui s’adressent aux grands problèmes de notre monde,comme la pauvreté et la maladie. Ainsi, on vient d’annoncer la fondation d’une nouvelle université aux États-Unis, l’Université Singularité et dont la mission principale sera d‘essayer d’abriter et d’encourager la recherche en biotechnologie, en nanotechnologie et en cybernétique, afin de modifier la réalité de l’humain, voire du vivant.

La Singularité est un terme qui désigne une profession de foi optimiste, ancrée dans l’inévitabilité d’une convergence entre l’homme et la machine, entre le virtuel et l’intelligent, et qui aura le pouvoir d’augmenter et d’améliorer et le corps et l’intelligence humains. C’est un mélange de réalisme technologique et d’utopisme proche de la science-fiction qui anime ce mouvement d’ingénieurs-philosophes qui veut changer notre monde. La Singularité est proche aussi des mouvances transhumanistes en quête d’un dépassement de la finitude et de la mortalité humaines.

Sans entrer dans les débats byzantins autour des questions éthiques soulevés par ces orientations, ce qui nous intéresse ici, ce sont les liens entre ces sciences de l’intelligent avec le numérique. C’est tout d’abord à cause de l’importance croissante du virtuel comme interface et extension de la réalité sociale. La sociabilité numérique, avec sa décentralisation, son caractère fragmentaire tout comme son imaginaire, invite des augmentations et des extensions. Un Avatar, par exemple, n’est pas simplement une représentation, un tenant-lieu: il a aussi le potentiel d’être un autre soi-même dans un monde virtuel habité par des intelligences semi-autonomes. L’Avatar est une sorte d’incarnation numérique. Le virtuel n’est plus un autre espace humain, il est en train de devenir notre espace habitable. C’est en quelque sorte une nouvelle religion de l’intelligent qui s’annonce.

Le dépassement de la finitude commence par l’extension dans le virtuel, dans la modification du corps grâce à la machine. La convergence entre les deux, selon les adeptes de la Singularité, aura aussi le pouvoir de répondre aux grands besoins de la planète. Les nanotechnologies nous permettront de fabriquer presque n’importe quel matériel sur demande, la biotechnologie résoudra les maladies du corps et les intelligences artificielles, ces anges du virtuel, surmonteront les obstacles séparant notre réalité physique et le virtuel tel qu’on peut les percevoir grâce à la culture numérique.

Ces ingénieurs du futur nous invitent aussi à réfléchir à la mythologie des sciences actuelles, a examiner leur densité historique et surtout à interroger leur potentiel de redéfinition de l’environnement humain dans toute sa diversité. Les modèles émergents de l’humain sont les produits de notre société et de nos savoirs et ils sont en train de tracer les premières lignes du nouveau visage de l’homme de l’ère future. Ce savoir a aussi le pouvoir de créer de nouvelles fractures, de diviser autant que d’unir et de donner lieu à de nouvelles croyances et de nouvelles superstitions.

Rappelons, en guise de conclusion, les mots du poète: “C’est vivre et cesser de vivre qui sont des solutions imaginaires. L’existence est ailleurs.” Le plein virtuel, avec ces promesses et ses pièges, nous convoque tous.

Rêverie d’un promeneur numérique

Vendredi, décembre 26th, 2008

Pour cette dernière émission de l’année, un peu d’optimisme et une part de rêve.

Jusqu’à présent, la culture numérique a été une culure assise, une culture de la chaise et du bureau. Les orientations culturelles sont, on le sait depuis au moins les travaux de Marcel mauss, intimmement liés aux techniques du corps. Et les techniques du corps informent nos rapports avec la machine et la technologie.

Plusieurs développements récents annoncent une possible évolution et promettent comme un retour des sens. En premier lieu, l’importance croissante du tactile, grâce à l’iPhone et ses nombreux imitateurs. Manipuler une photo avec ses doigts, l’agrandir et la faire tourner, introduit un rapport jusqu’à présent inédit entre l’utilisateur et l’image. Nos désirs de spectateurs, nos impulsions, sont ainsi exprimés par le simple mouvement des doigts. Virtualisation du clavier et transformation de l’interface ne sont que les premiers pas de cette évolution.

Sur le même iPhone, Google a introduit tout récemment la recherche par reconnaissance vocale. Dire au lieu de taper, énoncer au lieu d’écrire, voici encore un second retour de la voix. Plusieurs plateformes permettent déjà aux blogueurs de convertir automatiquement leurs billets en podcast. On peut choisir une voix parmi plusieurs, un homme ou une femme, avec un quelconque accent, et le texte écrit, objet de la lecture silencieuse s’offre à la lecture à haute voix. La voix réclame ainsi sa pleine place au sein de la culture numérique. Il faut attendre encore des progrès dans ce domaine, mais la quête de la maîtrise de la voix numérique est en marche.

Joost (fournuisseur de multimédia) vient d’annoncer la disponibilité de son contenu sur l’iPhone et prochainement sur le Blackberry Storm et Android. YouTube et DailyMotion y sont déjà disponibles. Le contenu multimédia fera pleinement partie des outils dont l’interface sont tactiles, plus proches du corps et moins abstraits, en tout cas en apparence, que l’interface tradiutionnelle.

Dans ce nouveau paradigme, il y a un changement important: de nouvelles métaphores avec lesquelles on habite et investit le monde virtuel, mais aussi un mouvement plus souple, une liberté plus grande.

Au Japon, une littérature exclusivement é crite et lue sur les mobiles est un grand succès. À quand notre poésie et notre littérature véritablement numérique? On est en attente de notre équivalent européen d’une production artistique ancrée dans les nouvelles frontières promises par ce retour des sens. On retrouvera sans doute des éléments de l’ancienne rhétorique: la voix, le ton, le geste, mais dans un contexte tout nouveau.

Après une longue absence, le corps fait irruption dans notre environnement numérique. Flaubert disait qu’on ne peut pas lire et écrire qu’étant assis. Nietzsche lui répondait qu’on ne peut pas écrire et penser qu’en marchant. Il semble que notre monde à venir est plutôt Nietschéen, car il nous annonce une nouvelle époque de promeneurs et de rêveurs numériques, non pas dans la nature, mais dans l’interface du culturel et du virtuel.

Monde lettré et Pratiques numériques

Vendredi, décembre 19th, 2008

Le monde lettré, on le sait, prend son temps avant d’accepter les changements et s’adapter aux nouveautés. Face au numérique, il a même longtemps résisté. Mais on est aujourd’hui dans une nouvelle ère où les chercheurs commencent à penser le numérique et à penser avec le numérique. C’est un signe de maturation qui annonce le passage au-delà de la numérisation des bases de données, des textes et des objets culturels, et des approches qu’elle a rendues possibles. On est confronté actuellement aux usages et aux outils numériques qui sont en train de façonner l’évaluation, la réception et la transmission de l’activité culturelle.

Discovery, qui englobe NietzscheSource, les Archives Wittgenstein et d’autres ressources en philosophie, OpenMilton, qui donne accès aux œuvres et la réception du poète du Paradis perdu, l’Institut du Futur du Livre, CLEO, le Centre pour l’édition électronique ouverte, témoignent tous d’une volonté d’engager un dialogue fort avec la culture numérique.

Ces projets suscitent plusieurs réflexions:

1. Les pratiques savantes de la production, de l’évaluation et de la dissémination du savoir, sont fortement déconcertées par l’environnement numérique. Faut-il tout simplement reproduire les conditions actuelles de ces pratiques dans le monde numérique, ou bien faut-il les repenser avec la mutation que le numérique introduit dans les mœurs des pratiques savantes? Les institutions, comme les disciplines des sciences sociales, sont encore loin de prendre en compte les conséquences de l’ère numérique.

2. L’objet savant est en général un objet de lecture. Or la culture du réseau modifie fondamentalement la lecture. Elle introduit de nouvelles manières de lire qui parfois fragilisent les habitudes et troublent les idées reçues. Quels sont les rapports entre naviguer et feuilleter une page, entre chercher, tagger et lire et annoter? Comment négocier les passages entre les objets numériques et les objets imprimés? Les méthodes, les présupposés, les formes de légitimation du savoir sont à revoir en fonction de ces changements.

3. Le monde lettré se nourrit d’érudition. Il est en dialogue continuel avec son passé. Quel est le futur de la tradition dans un univers hybride, dans un monde où les objets peuvent facilement être transmis et modifiés, et où la qualité est à définir. Et comment penser la transmission du savoir au-delà du simple accès au réseau et au patrimoine numérisé?

4. Finalement, il est temps que les outils de la recherche soient conçus et produits par des chercheurs. Ainsi, l’évolution de la recherche accompagne et inspire la conception des outils.

Les projets déjà mentionnés partagent des points communs: ils sont tous inspirés de l’idée que la technologie numérique n’est pas en conflit avec les pratiques savantes. Mieux encore, ils témoignent d’une conviction essentielle: les méthodes des pratiques savantes doivent s’inspirer de leurs sujets et de leurs objets. Dans notre cas, les outils et les infrastructures accompagnent les usages et les objectifs: l’échange, l’évaluation critique et la dissémination du savoir. Le tout dans un cadre qui respecte les droits, encourage la créativité et guarantit la libre circulation des idées et des objets.